06 novembre 2006

Simulacre de justice : après La Haye, Bagdad

Etleboro remercie vivement Pierre-Henri BUNEL, ex agent des services sécrets français, pour avoir écrit pour nous cet article .

Voici que commence un nouveau procès de dirigeant politique après une intervention militaire pilotée et voulue par la Maison blanche.Après le président Milosevic, déféré devant le tribunal international pour l’Ex-Yougoslavie, voici que les Américains se sont mis à juger le président Saddam Hussein par juges collaborateurs interposés.Il me semble utile, maintenant que nous avons le recul nécessaire pour raisonner sans passion, de tenter de démêler les points communs entre ces deux affaires aussi inconvenantes l’une que l’autre.
En ce qui concerne le président Milosevic, il était stupide de se mettre dans le cas de le livrer à un tribunal qui n’a aucune valeur ni légale ni légitime. Comme je l’ai écrit dans « Crimes de guerre à l’Otan », ce tribunal qui se veut pénal ne peut s’appuyer sur aucune procédure pénale internationale ni sur aucun code pénal international, puisqu’il n’existe ni de l’un, ni de l’autre.Fallait-il juger le président Milosevic ? Ce n’est pas à moi d’en juger mais aux Yougoslaves. Ce qui est sûr, c’est que s’il fallait le juger, il fallait le faire en Yougoslavie. Mais non ! On l’a enlevé dans des conditions aussi rocambolesques que les enlèvements de « terroristes » auxquels procède régulièrement la CIA dans des pays étrangers.Faut-il juger le président Saddam Hussein ? Là encore, c’est aux Iraquiens de le décider. Or, ils ne sont pas encore en mesure de prendre une telle décision. Ils n’ont même pas encore de régime politique pour succéder à celui que l’agression de la coalition a renversé par la force.Derrière toutes ces pantalonnades militaro-judiciaires on retrouve à chaque fois l’administration états-unienne et ses stratèges occultes.
Ce qui me semble particulièrement inquiétant, c’est que la conséquence de ces dérives directement inspirées du mode vie états-unien conduisent immanquablement à l’éclatement des pays fédéraux en régions autonomes où règne l’intransigeance qui naît du communautarisme.L’éclatement de la Yougoslavie fédérale qui avait survécu à la mort du président Tito n’a pas résisté aux attaques souterraines et occultes de la société yougoslave.Il me semble qu’il était inévitable que la Yougoslavie recherchât de nouveaux équilibres pour s’insérer dans l’évolution générale du monde. Au lieu de faire en sorte que les Yougoslaves recherchent une nouvelle organisation fédérale dans le calme et la réflexion, les États-uniens et leurs valets les plus fidèles de l’époque au sein de l’Otan, les Allemands en train de se réunifier ont tout fait pour aggraver les failles qui fissuraient l’édifice. La haine allemande envers les Serbes et la politique trouble des États-uniens envers la branche dure de la Conférence islamique ont été les motifs occultes de l’attitude des uns et des autres lors de la guerre civile yougoslave.L’inaptitude d’une Union européenne de mercantis à prendre la moindre décision politique a laissé le champ libre aux aventuriers d’outre-Atlantique. Le but de ces racketteurs est de casser tout pouvoir national en mesure de s’opposer à leurs entreprises de prise de contrôle des richesses du monde.Les Américains ont joué sur les communautarismes pour « re-balkaniser » la Yougoslavie.
En Bosnie Herzégovine, en créant une « fédération » croato-musulmane qui n’est pas viable d’un côté et une Republika Srpska qu’on charge de tous les maux de la Terre, les démiurges de Washington ont installé le chaos larvé pour des décennies. Ils nous ont ramenés à la situation du début du Xxème siècle, ce qui sert leurs intérêts et ceux de leurs valets en Europe. Car si l’Europe retrouve les difficultés qui étaient les siennes au début du siècle dernier, elle ne pourra faire autrement que laisser les aventuriers de la finance internationale continuer leurs trafics et leurs manipulations coupables en se dissimulant derrière tous les gouvernements qui prônent le libre-échange et la disparition des frontières.Une fois la Yougoslavie éclatée et l’Europe déstabilisée, les démiurges ont lancé les forces de l’Otan à l’assaut du Moyen-Orient en commençant par l’Afghanistan, sous des prétextes mensongers.Plus les enquêtes indépendantes progressent, plus on établit que les autorités américaines ont largement manipulé la vérité, tant sur l’opération terroriste du 11 septembre 2001 qu’ensuite sur les raisons de se livrer à une offensive militaire en Iraq. Il n’y a là rien de nouveau, et j’ai donné suffisamment de précisions dans « Crimes de Guerre à l’Otan » ou dans « Menaces islamiques » pour ne pas y revenir ici. Mais je tiens à préciser qu’en ce qui concerne les événements de la guerre civile en Yougoslavie, les stratèges politico-économiques qui ont fait agir la Maison Blanche et ses satellites ont autant manipulé l’information que pour les opérations que les États-Unis et leurs satellites ont provoquées et conduites au Moyen-Orient.Que cherchent donc les aventuriers qui se cachent derrière les États-Unis et les pays de l’organisation mondiale du commerce ?La réponse est de plus en plus transparente : il s’agit de formater le monde entier en rassemblements de consommateurs attirés par les mêmes produits. Il faut donc pour cela détruire toute personnalité des peuples, toute culture traditionnelle. Et la première étape d’une telle entreprise est de faire disparaître la seule force capable de s’opposer aux financiers transnationaux : les États Nations. Ce sont les forces qui se sont constituées au cours des siècles, en regroupant des groupes humains qui pouvaient vivre ensemble. Ils ne pouvaient le faire qu’au prix de règles de cohabitation qui s’étaient polies au cours des âges.En détruisant les États nations, les financiers ont distendu les liens qui permettaient aux peuples de cultures sensiblement différentes de cohabiter pour le bine de tous. Et ils ont en même temps exacerbé les communautarismes, qu’ils soient patriotes ou religieux. Ils ont ainsi dressés les unes contre les autres des entités qui vivaient ensemble depuis quelques décennies voire quelques siècles.La Yougoslavie fédérale, capitale Belgrade, a disparu sous leurs coups. les pays du Proche Orient ou du Moyen Orient qui vivaient en relative harmonie ont a leur tour éclaté. L’Afghanistan, déjà si peu homogène a explosé sous les coups des théoriciens de la démocratie américaine, corrompue et matérialiste. L’Iraq est pulvérisé et les Balkans sont revenus à leurs luttes internes, nourries par des colères parfois légitimes, comme celle des Serbes, parfois provoquées par des fauteurs de troubles, comme celle des Croates ou encore attisées par des activistes subversifs, comme celle des Musulmans.Combien de temps va-t-on encore suivre les sirènes de la société de consommation, véritable incivilisation du gaspillage qui détruit les valeurs humaines, détruit les ressources naturelles de la Terre, dresse les peuples les uns contre les autres en remplaçant l’humanisme ou les religions par la foi dans le pire des maîtres : l’argent.Un argent qui ne représente plus rien puisque toutes les monnaies sont devenues virtuelles, ne sont en fait plus que des chiffres sur des lignes informatiques. Les monnaies se sont, elles aussi, dissoutes dans les mensonges des comptabilités falsifiées, confirmées par des établissements de contrôle à la solde des spéculateurs. Avec ce système, les perdants sont les petits actionnaires naïfs auxquels on a fait croire qu’ils allaient s’enrichir sans travailler.On ne s’enrichit pas en consommant. On se ruine. On perd son âme dans le matérialisme, et on perd sa culture lorsqu’on oublie son histoire. Les ombres du passé sont les promesses de l’avenir. Cela signifie qu’il faut se reprendre, ressusciter ses traditions et, partant de là, se réunir entre hommes de bonne volonté sans obéir aux diktats de financiers qui n’ont qu’une idée : posséder toujours plus d’argent au mépris de toutes les valeurs humaines.L’argent est un bon esclave mais un mauvais maître.